Les dix pays où il est le plus difficile d’être chrétien

Corée du Nord, Afghanistan, Somalie, Libye… Voici les dix pays dans lesquels les chrétiens sont le plus persécutés d’après l’ONG chrétienne évangélique “Portes Ouvertes”.

Persécutions, impossibilité de pratiquer leur foi dans un lieu de culte, discriminations à l’embauche, droits limités aux yeux de la loi… Dans de nombreux pays, celui qui croit en Dieu doit affronter de nombreux obstacles et le paie parfois de sa vie. L’ONG chrétienne évangélique « Portes Ouvertes » a publié récemment son index 2021 mondial des persécutions religieuses. Un classement qu’elle établit selon différents critères dont la liberté de prier, les discriminations à l’embauche l’accès à la citoyenneté ou encore les cas de violence. Voici les dix pays dans lesquels être chrétien est le plus difficile selon « Portes Ouvertes ».

CORÉE DU NORD

Triste record pour la Corée du Nord qui décroche cette année encore – une constante depuis 2002 – la première place. Sur 25,8 millions d’habitants, on estime à 400.000 au maximum le nombre de chrétiens. Dans ce pays, le christianisme est perçu comme un outil d’ingérence étrangère « en vue de nuire à l’État et à l’ordre social nord-coréen ». Croire en Dieu est un crime contre le régime qui a érigé la dynastie Kim au rang… de Dieu. Pratiquer une religion différente de celle proposée par le régime expose ainsi à une arrestation, une détention en camp de travail forcé et très souvent, après être passé par la case torture, à une exécution.

À noter que la Chine, qui ne reconnaît pas le droit des Nord-Coréens à fuir leur pays, pourchasse ceux qui passent la frontière entre les deux pays. Les policiers chinois seraient même incités à capturer le plus grand nombre de réfugiés, moyennant des primes par tête.

AFGHANISTAN

L’Afghanistan est depuis 2004 une République islamique et sur ses plus de 38 millions d’habitants, seuls quelques milliers sont chrétiens… et s’en cachent au risque d’être tué. Si officiellement les minorités religieuses sont censées être protégées par la Constitution (ce qui n’est déjà pas le cas), le changement de religion est puni. « La République islamique d’Afghanistan ne permet à aucun citoyen afghan de devenir chrétien et les quelques chrétiens de nationalité afghane, qui sont tous d’anciens musulmans convertis au christianisme, doivent garder leur foi secrète », rapporte l’ONG « Portes Ouvertes ».

Interrogé par France inter en 2013, le père Giuseppe Moretti, archevêque de l’église d’Afghanistan, assurait – par volonté de protéger ses paroissiens ? – que les fidèles qui venaient à la messe étaient « exclusivement, seulement des étrangers ». Une messe célébrée dans la seule église chrétienne du pays, installée depuis 1933.

SOMALIE

Pays déchiré par la guerre, la Somalie est, à l’exception des principales villes, largement laissée aux mains des islamistes. Si le gouvernement tente de lutter contre les shebabs, la situation est catastrophique pour l’ensemble de la population dont les chrétiens qui représentent moins de 1%. Les chrétiens sont quasiment tous d’anciens musulmans convertis au christianisme. Ils sont persécutés par leur famille, proche et élargie, par leurs voisins et par les chefs de clan, « car adopter le christianisme est considéré comme une trahison », rapporte l’ONG « Portes Ouvertes ». Ils sont également la cible des islamistes radicaux comme les shebabs qui veulent éradiquer le christianisme du pays. Quand ils sont découverts, ils sont tués sur place.

LIBYE

Les images du terrible meurtre de 21 chrétiens coptes en février 2015 ont durablement choqué l’opinion publique. Pourtant, six ans après, la situation ne s’est guère améliorer pour les chrétiens du pays. Le gouvernement d’accord national basé à Tripoli et un gouvernement autoproclamé qui domine l’Est du pays s’affrontent violemment depuis avril 2019 avec l’aide de milices et autres groupes armés. D’après la Constitution de 2011, l’islam est la seule religion autorisée et la source de toute législation.

L’Église libyenne est essentiellement composée d’immigrés chrétiens venus en majorité d’Afrique subsaharienne et d’Égypte et également de Libyens qui ont quitté l’islam pour le christianisme. « Les chrétiens d’Afrique subsaharienne ont leurs propres églises, que les Libyens n’ont pas le droit de fréquenter », rappelle l’ONG. « Ils sont pris pour cible par les islamistes radicaux qui les harcèlent, les menacent, les maltraitent voire les tuent de façon brutale ».

PAKISTAN

Accusation de blasphème, enlèvement et conversion forcée en vue d’un mariage, viols, meurtres… Les chrétiens du Pakistan font, régulièrement et tristement, l’actualité. Derrière le cas emblématique d’Asia Bibi, c’est bien toute une communauté qui est meurtrie. Sur les près de 210 millions d’habitants que compte le pays, moins de 2% sont chrétiens. La peine de mort pour blasphème dans le pays a été introduite dans le Code pénal en 1986. Pour la seule année 2020, plus de 300 chrétiens sont officiellement morts en raison de leur foi.

ÉRYTHRÉE

Petit pays de la Corne de l’Afrique, l’Érythrée est considéré comme l’un des pays dont le régime est le plus répressif au monde. On observe depuis 1995 une tendance à confiner les religions à leurs dimensions purement cultuelles, tous les services sociaux et sanitaires passant sous le contrôle de l’Etat. En juillet 2019, Aleteia se faisait l’écho de la fermeture, en quelques semaines, d’une vingtaine d’hôpitaux et cliniques catholiques. À cela s’ajoute l’enrôlement de force dans l’armée des jeunes pour une durée indéterminée, dans des conditions extrêmement durs.

YÉMEN

Pays de la péninsule arabique, le Yémen est ravagé par une guerre civile depuis 2015. Onze millions de personnes – près de la moitié du total – sont menacées par la famine, 85% de la population survit grâce aux rares aides humanitaires qui parviennent sur le terrain. À cette situation humanitaire catastrophique s’ajoute les persécutions dont sont victimes les minorités religieuses. Dans ce pays, l’Église est principalement composée « d’anciens musulmans convertis qui pratiquent leur foi dans le plus grand secret », indique « Portes Ouvertes ». « Ils sont persécutés par les autorités, leur famille et par les islamistes radicaux qui les menacent de mort s’ils ne retournent pas à l’islam. Dans la crise qui touche le pays, ils sont discriminés dans la distribution de l’aide humanitaire. Les chrétiens et chrétiennes mariés à un conjoint musulman risquent de se voir imposer le divorce et de perdre la garde de leurs enfants. Les lois tribales interdisent à leurs membres de quitter l’islam sous peine de bannissement ou de mort ».

IRAN

Délicate question que celle des chrétiens d’Iran. Régime autoritaire, la République islamique d’Iran est dirigée depuis 2013 par Hassan Rohani. La communauté catholique d’Iran était composée d’une communauté chaldéenne avec deux évêques chaldéens, d’une communauté arménienne catholique ainsi que d’un évêque latin à Téhéran. La communauté chrétienne dans son ensemble compte également des orthodoxes, essentiellement, arméniens, ainsi que des protestants, notamment évangéliques. La communauté chrétienne représente moins de 1% de la population du pays.

Dans un entretien accordé à Aleteia en 2019, Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient, expliquait que « ces chrétiens ont la liberté de culte dans la mesure où il y a des églises, on peut y célébrer la messe. Mais ne nous y trompons pas, cette liberté est limitée au culte, il ne s’agit donc pas de liberté religieuse au sens où on l’entend. » Il est ainsi très difficile pour un jeune iranien de devenir chrétien : il risque des sanctions lourdes jusqu’à la prison. « Se convertir est un délit ! « , assurait encore Mgr Gollnisch. « De même, il est interdit pour une femme musulmane d’épouser un chrétien. »

NIGERIA

C’est le pays où le plus de chrétiens sont tués en raison de leur foi, alerte l’ONG « Portes Ouvertes ». « Ils subissent les attaques de Boko Haram, d’un côté, et des éleveurs peuls radicalisés, de l’autre ». Quelque 6.000 chrétiens y ont été tués depuis 2015, « principalement par Boko Haram et par les bergers militants Foulanis qui ont commis des attaques terroristes à l’encontre des agriculteurs chrétiens », a souligné une lettre envoyée par le président de la conférence des évêques européens (Comece), le cardinal Hollerich, à l’épiscopat nigérian.

Dans une résolution datant du 16 janvier 2020 sur le Nigeria, le parlement européen a dénoncé la situation dans laquelle se trouvait le pays, déplorant les récents attentats terroristes perpétrés par des groupes djihadistes et la stratégie « votre terre ou votre sang » des combattants peuls. Il avait également condamné la discrimination constante subie par les chrétiens dans les régions nigérianes où la charia est appliquée.

INDE

L’Inde compte un peu moins de 30 millions de chrétiens, toutes confessions confondues, soit près de 2,5% de la population de cet immense pays. « Depuis 2014, la persécution contre les chrétiens a considérablement augmenté », assure l’ONG. « Les hindous radicaux au pouvoir considèrent les chrétiens comme étrangers à la nation ». Victimes du nationalisme religieux exercé par le parti hindou radical au pouvoir, « les chrétiens sont agressés, ostracisés, assassinés et injustement accusés de convertir de force les hindous » et se retrouvent la cible de discours haineux qui attisent la violence et la discrimination à leur égard. À noter également la situation critique des chrétiens dalits (intouchables), classe la plus pauvre et la moins considérée, qui sont exclus de l’aide distribuée par le gouvernement, ce qui les fragilise encore plus en pleine crise de la Covid-19.