Le temps de Carême à la lumière des 4 saisons.
Le temps de Carême débute chaque année durant la saison de l’hiver. Et pourtant, les 40 jours du Temps de Carême peuvent se vivre à la lumière des quatre saisons de l’année.
L’hiver est marqué par le froid. C’est alors que l’on retrouve ses manteaux les plus chauds. Les arbres se libèrent de leurs feuilles afin de survivre. Le temps de Carême est lui aussi un temps de fraîcheur spirituelle où le chrétien sort de sa torpeur et se dépouille de ses plaisirs et habitudes trop mondains afin de se couvrir du manteau de la charité et de la justice. Mais en réalité, c’est le Seigneur lui-même qui vient nous couvrir du manteau des bonnes œuvres (cf. Is 61,10). Tel l’arbre qui refuse de perdre ses feuilles ne pourra pas traverser l’hiver, tel le chrétien qui ne veut pas se priver, se dépouiller, ne pourra vivre le temps de Carême ni continuer à suivre le Christ, lui qui invite à renoncer à soi afin de le suivre (cf. Mt 16,24).
Le printemps fait remonter doucement les températures et la nature reprend vie. Les arbres commencent à bourgeonner et, progressivement, les semis de certaines variétés débutent. Le temps de Carême est le moment favorable pour semer en soi les graines contraires à nos mauvaises habitudes et passions : au colérique de semer la tolérance, au gourmand de semer la tempérance, et ainsi de suite. Mais en réalité, c’est le Seigneur lui-même qui sème de bonnes choses dans nos vies : « Celui qui sème la bonne semence, c’est le Fils de l’homme » (Mt 13,37). Le temps de Carême devient ce temps où l’homme laisse le Seigneur semer dans sa vie. C’est bien le moment de laisser bourgeonner et fleurir toutes ces bonnes semences que le Seigneur n’a jamais cessé de semer en nous.
En été, le jour est plus long que la nuit, avec une chaleur parfois torride. C’est le temps de croissance rapide et de maturité des plantes et des fruits. Ainsi, le temps de Carême verra la lumière du bien-être plus longue que les ténèbres du péché. L’été est le temps des jeux et loisirs que l’on se crée. De même, il faut, pendant le temps de Carême, s’inventer des actions à accomplir, se fixer des objectifs à atteindre, manifester sa maturité chrétienne. L’été est le temps des rencontres ; le Carême est le moment de la sortie de soi, un temps d’attention à l’autre qui est à côté, comme Lazare à la porte du riche (cf. Lc 16,20s). Pendant l’été, les visages rayonnent. De même, le temps de Carême ne sera jamais un temps de tristesse, mais de grande gaieté. Jésus invite instamment à ne pas prendre un air sombre pendant que l’on jeûne (cf. Mt 6,16).
À l’automne, les arbres changent de couleur. Le vert cède la place aux rouge, brun, jaune, orange ; c’est le temps de la migration de certains oiseaux. Le temps de Carême laisse apparaître un changement de couleur liturgique mais aussi spirituelle. Le chrétien ne peut vivre ce temps comme à l’ordinaire. Le vert de l’ordinaire doit laisser apparaître d’autres couleurs : le chemin de croix communautaire, les dévotions personnelles, les lectures et retraites spirituelles, les visites aux malades et aux personnes seules, la vie en fraternité, etc. C’est vraiment un temps de migration vers des horizons meilleurs, sous la conduite de Celui qui a conduit son peuple à travers le désert pendant 40 années.
En définitive, la création tout entière nous aide à bien vivre le temps de Carême, et le Carême nous aide à mieux apprécier la création.
Père Isodore
